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Actualites

Léa Michelis, L’Iran et le détroit d’Ormuz – Stratégies et enjeux de puissance, Paris, L’Harmattan, 2019, 216 p.

Porte d’entrée du golfe Persique, le détroit d’Ormuz est un couloir maritime stratégique. Long de cent-quatre-vingts kilomètres, il borde les eaux territoriales iraniennes et omanaises. Depuis les années 1970, l’histoire de la puissance iranienne s’accompagne de l’utilisation stratégique du détroit. Si l’on remonte à l’Antiquité, la Perse possédait alors les deux rives. Cet héritage culturel est aujourd’hui d’une grande importance pour comprendre l’intérêt stratégique iranien pour cet espace, qui n’est pas uniquement géographique. Plus récemment, Ormuz a été le théâtre de la guerre Iran-Irak (1980-1988). Au cours de ce conflit, le détroit est devenu un espace catalyseur de menaces. Depuis lors, l’Iran lui accorde une place majeure dans sa politique de défense. La doctrine militaire iranienne, doctrine défensive asymétrique, s’ancre autour de principes géostratégiques relatifs à ce nœud maritime.

Par ailleurs, le détroit d’Ormuz représente aujourd’hui une voie de circulation du pétrole cruciale pour les échanges mondiaux. Il est la porte de sortie du pétrole du Golfe et du pétrole iranien. En effet, l’Iran possède les quatrièmes réserves de pétrole et les deuxièmes réserves de gaz naturel mondiales. De fait, le détroit d’Ormuz représente un atout pour le développement de son influence économique, politique et militaire. Alors que les tensions montent entre l’Iran et les États-Unis, la puissance iranienne pourrait-elle fermer le détroit ? Les possibilités tactiques et opérationnelles iraniennes sont nombreuses. Mais au-delà de la capacité, l’Iran aurait-il un intérêt à le faire ? Le risque de déclencher une guerre que la puissance iranienne ne pourra pas gagner est grand. Toute l’utilité du détroit d’Ormuz réside donc dans son pouvoir de dissuasion.

Au-delà de ces considérations militaro-stratégiques, le détroit d’Ormuz permet également à l’Iran de s’insérer dans un espace plus vaste que le golfe Persique, de voir « au loin », vers l’Océan Indien. À partir des années 1970, la puissance iranienne déploie des efforts inédits pour s’intégrer dans cet espace de plus en plus stratégique. Elle s’emploie aujourd’hui à créer des relations fortes avec l’Inde et la Chine, s’ouvrant ainsi à de nouveaux partenariats économiques, mais également de défense. À ces réflexions pragmatiques s’ajoute l’importance de la dimension mémorielle de l’espace perse. Pour comprendre les enjeux centraux de la politique iranienne autour du détroit, il faut saisir que pour la puissance iranienne, l’Iran ne fait pas partie du Moyen-Orient mais de l’Asie de l’Ouest. Du fait de cette construction géographique, le détroit d’Ormuz s’inscrit différemment dans une politique d’ouverture vers l’Océan Indien.

Par l’étude de cartes et de documents d’archives, cet ouvrage s’attache à comprendre et faire comprendre comment l’Iran a pu utiliser cet espace comme point d’appui afin de saisir la manière dont il pourrait encore le faire aujourd’hui. Nœud de tensions, le détroit d’Ormuz est un réel espace de puissance.